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J. Jeanne GHEDIGHIAN-–COURIER-" A QUI LA FAUTE ? Lecture croisée du Livre de Job par Carl Gustave JUNG et René GIRARD"

 A QUI LA FAUTE ?

 

Lecture croisée du Livre de Job par Carl Gustave JUNG et René GIRARD

 

Pauvre JOB ! Pauvre comme JOB, la figure de Job, assis sur son tas de fumier et grattant ses escarres avec un tesson, est le symbole de l’injustice qui accable le pauvre hère, démuni face à un Dieu, un monde, une société, une famille injuste et triomphante.

Ce mythe n’a rien perdu de son actualité, pas plus que la question : " pourquoi moi ? " quand la souffrance est ressentie par trop injuste. Alors, s’adressant à Dieu, au sort, au hasard, à la génétique, que sais-je encore, qui peut être sûr de ne pas reprendre un jour les paroles de Job : " Pourquoi m’as-tu pris pour cible ? "

Aujourd’hui encore Job symbolise le comble des souffrances qui peuvent accabler un être, une famille, une nation dans l’indifférence la plus totale du monde qui les entoure et des instances qui auraient dû – le pouvaient-elles - leur épargner un tel sort ; et cela d’autant plus que le destin semble cajoler  ses enfants les plus gâtés, même quand la moralité est loin d’être leur qualité première.

 Moins connue peut-être est la résistance de Job. Il refuse de se sentir coupable de ce qui lui arrive et nous place devant une question qui n’a cessé de tarauder l’humanité : pourquoi le mal ? Quel sens donner à la souffrance ?

Sur ce terrain notre clinique est particulièrement favorisée, ce thème revient avec insistance et l’ombre de Job se profile dans les représentations qui l’accompagnent.

 L’étude de son drame illustre particulièrement la multiplicité des chemins que peuvent emprunter la lecture et la compréhension d’un mythe. A travers  la mise en perspective de l’interprétation du mythe de Job par  C.G. JUNG dans Réponse à Job avec celle de René GIRARD  dans La Route Antique des Hommes Pervers je vais tenter de démontrer comment le choix de l’angle avec lequel ils abordent le mythe nous introduit au cœur de ce qui les a animé l’un et l’autre tout en constituant le fil directeur de leur œuvre. Cela, je l’espère, ne pourrait que nous encourager à relire le Livre de Job dans l’Ancien Testament à une époque, c'est-à-dire la nôtre où, la violence, les régressions narcissiques et les revendications prennent le pas sur les conflits liés à la sexualité.

 Je vous propose de comparer le scénario qu’ils repèrent ainsi que l’éclairage qu’ils orientent sur les acteurs de ce drame ; en effet, si les " amis " (Eliphaz, Bildad, Sophar)  et les Dialogues sont ignorés par Jung, la figure de Satan reste absente dans l’ouvrage de Girard.

Leurs mondes respectifs n’ont pas les mêmes dimensions : celui de Jung reste enfermé dans la dualité qui oppose Dieu à Job tandis que celui de Girard s’élargit à la communauté humaine et reste orienté sur l’événement central qu’il repère dans tout le religieux, à savoir : " le retournement d’une foule qui transforme en bouc émissaire celui qu’elle adorait hier et qu’elle adorera peut-être demain pour peu que sa mort assure une période de paix à la communauté. "[1]

Nous verrons alors de quelle manière cela influe sur leurs interrogations qui concernent l’attitude de Dieu à l’égard de Job et surtout la signification donnée à l’obstination de ce dernier dans la proclamation de son innocence.

Enfin, si pour l’un comme pour l’autre ce drame préfigure la venue du Christ et sa mort sur la croix, nous pourrons découvrir qu’ils se séparent à nouveau sur la nature du message du mythe puisque Jung nous dit que la très haute tenue de Job fait de lui une créature qui dépasse le créateur et de ce fait Yahvé doit devenir homme pour parvenir à une différentiation plus poussée, alors que Girard insiste sur notre culpabilité dans la chasse aux boucs émissaires ainsi que sur le principe satanique sur lequel repose les communautés humaines.

 Jung aborde le livre de Job en rappelant que pour lui, " l’âme est un facteur autonome " et que " les expressions religieuses sont des professions de foi psychiques  qui, en ultime analyse reposent sur des processus inconscients transcendants "[2]. De ce fait il précise qu’il laisse parler sa subjectivité et ses émotions pour décrire ce qu’il ressent à la lecture de certains livres des Ecritures dans lesquels il rencontre des images de la divinité constitutives de ce qu’il appelle l’archétype de Dieu.

Dès les premières lignes, il nous décrit un face à face  entre Job et Yahvé, en donnant d’abord la parole à Job qui résiste à Dieu en lui disant au chapitre 40, juste avant l’épilogue : " J’ai parlé une fois, je ne répèterai pas deux fois….je n’ajouterai rien ". Pour Jung, Job sait qu’il est dans son droit et que " Dieu lui a ravi ce droit " (ch. 27) car, " il se moque de l’injustice ".

Ensuite il nous décrit Yahvé comme un être parmi les autres qui a besoin d’être loué, " de trouver son reflet dans une conscience, à savoir, celle de l’homme pour se sentir exister "[3]. Il dessine " une personnalité restée au stade archaïque, en dépendance totale à l’objet " et en proie à la rage narcissique si cet objet vient à lui faire défaut.

 Ce Dieu " se laisse influencer avec une aisance déconcertante " par un de ses fils Satan qui incarne la faculté de doute que Jahvé ne peut supporter. Yahvé fait preuve de cruauté, de cynisme et d’une absence totale de compassion vis-à-vis d’un Job, pieu, fidèle et éprouvé (un bon enfant ?)

Pour Jung, Job est sans reproche, tout juste peut-on lui objecter l’optimisme avec lequel il croit possible d’en appeler à la justice divine alors que, je cite : " Dieu ne fait pas la différence entre juste et coupable, il projette sur Job un bouc émissaire qui n’est qu’une projection de sa propre infidélité ". Son affrontement avec Job sera pour lui l’occasion d’une confrontation intrapsychique.

Voici donc le scénario que Jung nous suggère.

 Si nous nous tournons maintenant vers René Girard nous découvrons que le titre même de son premier chapitre : Job victime de son peuple, situe le drame de Job tout à fait ailleurs.

Pour lui, le prologue qui résume brièvement les faits n’est pas à la hauteur des dialogues qui montrent que la souffrance de Job provient de la persécution dont il est l’objet : il est " ostracisé "[4], tout le monde se détourne et s’acharne contre lui. Pendant que Job proclame son innocence les " amis " s’obstinent à le faire taire. On découvre que Job a été un grand chef, hautement respecté et estimé. Il se plait à se le remémorer : il était écouté, envié. Girard voit en lui une idole certes, mais une idole fracassée, un bouc émissaire victime du retournement massif et soudain d’une opinion publique prise dans le mimétisme d’une foule bien décidée à trouver en lui le coupable idéal.

 Pour cela, il faut que Job reconnaisse sa culpabilité, le scénario est écrit : " Pour qu’un groupe humain perçoive sa propre violence collective comme sacrée, il faut qu’il l’exerce unanimement contre une victime dont l’innocence n’apparaît plus, du fait même de cette unanimité. "[5]

Or Job en demeurant irréductible sur son innocence va faire échouer le processus et sera un bouc émissaire manqué. Girard estime que nous aimerions bien faire intervenir Dieu dans ce drame car nous sommes " soucieux de rendre Dieu responsable de tous les malheurs de l’homme, surtout si nous ne croyons pas en lui. "[6] Et pourtant non, insiste-t-il, la cause du malheur de Job n’est ni divine ni matérielle mais humaine seulement humaine.

 Le scénario consiste à obtenir le consentement de la victime afin d’écarter toute culpabilité à ceux qui veulent la sacrifier. Nous serions  alors en présence d’un acte rituel rejoignant le sacré, destiné à rassembler et réconcilier la communauté qui ne fait plus qu’un dans sa désignation du mal. Si on ne comprend pas le rôle de la communauté on ne comprend pas Job rappelle Girard.

 La dynamique dont le mythe est porteur se révèle quand nous découvrons comment l’histoire qu’il nous compte peut présenter de telles différences dans ce qui est perçu. C’est là sa richesse, elle va nourrir l’interprétation qui emprunte, pour C.G. JUNG comme pour René Girard, des chemins tout autant différents.

 Demandons nous à présent de quel monde nous parle Jung quand il nous décrit cette relation exclusive entre Job et Yahvé.

Il nous parle d’un monde psychique où la dimension émotionnelle est perçue pour être mise au service de la pensée.

Tout d’abord, il interprète la figure de Yahvé, le Dieu de l’Ancien Testament sous un angle qui lui est cher, c'est-à-dire, le rôle du féminin en l’homme ; féminin qu’il appelle anima, porteuse de sagesse et d’humanisation. Il nous explique longuement les conséquences de la rupture de la relation de Yahvé avec la Sophia .

Ce Dieu aurait  " perdu de vue, depuis les jours de la création, qu’il devait, dans la plénitude, faire bon ménage, avec la sagesse, la Sophia "[7]ou Ruah Elohim.

 Le peuple élu a pris la place du rôle féminin or, comme ce peuple cantonnait la femme dans un statut inférieur, le féminin a perdu son influence bénéfique.

Aussi Yahvé est-il devenu méfiant, jaloux, dépourvu d’éros pour ses créatures humaines. Seul lui importe de requérir leur admiration inconditionnelle et leur obéissance. Il n’a plus de discernement, aussi, les insinuations de Satan tombent-elles dans un terrain propice. " Malgré sa conviction quant à la fidélité de Job, sans l’ombre d’une hésitation, il donne son accord, autorisant les pires tourments. "[8]

Face à cet état d’impulsivité de la divinité, Jung décrit un Job, souffrant, fidèle et constant destiné à remplir une fonction qui peut paraître surprenante, voir arrogante si nous suivons Jung dans cette voie.

 

Il se réfère à Hénoch pour nous dire : "  que l’homme est non seulement le réceptacle de la révélation divine, mais qu’il va se voir impliqué dans le drame divin en tant que fils de Dieu participant à l’élévation de Dieu lui-même. "[9]

 Pour Jung, c’est évident, le niveau de conscience de Job est plus élevé que celui de Yahvé, cela ne peut qu’inciter Dieu à évoluer pour rejoindre sa créature, dite crée à son image. Il ne le pourra qu’en passant par l’épreuve de la souffrance humaine, celle qu’il a imposée à Job.

Job représente la victoire du plus faible, celle de la victime violentée qui reste digne dans son épreuve. Si Dieu ne veut pas être dépassé, sa conscience doit se différencier. Pour cela, il doit s’incarner, devenir humain éprouver la douleur de l’injuste persécution. Le livre de Job préfigure la venue du Christ qui, de plus, va naître d’une femme en redonnant sa place au féminin (la Sophia) pour connaître l’abandon et  la dérision avant d’être crucifié. Ainsi, lorsqu’il meurt en prononçant ces paroles : "  mon Père, pourquoi m’as-tu abandonné " son essence humaine atteint au divin et  Jung y entend la réponse aux questions de Job ; d’où le titre de l’ouvrage : Réponse à Job.

 

Cette évolution précise Jung ne pouvait provenir que d’une situation tendue à l’extrême entre rage et douleur " dans un débordement d’affect  sans lequel un niveau plus élevé de conscience n’est jamais obtenu. Deux niveaux d’interprétation se télescopent pourrait-on dire :

-          Le drame psychique d’un être en proie à la rage narcissique qui a besoin d’être éprouvé pour accéder à la compassion.

-          La dimension mythique que constitue la préfiguration de la venue du Christ.

 

Les mythes sont pour Jung des mises en scène de l’évolution psychique de l’humanité, les histoires et le récit des événements en représentent les processus psychiques. Les mythes sont aussi " des données qui se répètent constamment et que l’on peut observer toujours à nouveau. Le mythe survient à l’homme et se produit en lui et les hommes à l’égal des héros grecs ont des destins mythiques. "[10]

La vie du Christ, comme celle de Job est un mythe, il a une portée humaine générale dans laquelle Jung repère des archétypes agissants

" La vie du Christ, dit-il, est précisément comme elle doit être à la fois la vie d’un Dieu et celle d’un homme. Elle est un symbolum – un symbole -, la synthèse de natures hétérogènes, un peu comme si l’on avait fondu en une personnalité unique Job et Yahvé. "[11]Cela signifie pour lui, qu’à toute époque une figure christique peut apparaître, être porteuse d’un destin messianique qui prend alors les formes et les habits de la culture et du temps de l’histoire où elle se produit.

 

Le Christ est aussi pour Jung un archétype du Soi, cette expérience potentielle de totalité qui influe sur notre évolution dans le processus d’individuation en imposant de supporter la tension des opposés. Il s’agirait dans ce cas du combat intérieur entre violence et sacrifice.

 

 

Oui, le livre de Job nous parle de violence mais pour René Girard, Job est le pivot de la mutation qui s’opère entre ce qu’en reflète la mythologie grecque et le traitement que lui appliquera le message biblique.

La première s’en accommode, la croît nécessaire ; la seconde ouvre la porte à un Dieu des victimes et crée l’espace d’une évolution où apparaîtrait " la responsabilité des hommes dans la souffrance de l’idole répudiée " car dit-il encore, " le mal ne révèle son caractère que quand le mécanisme victimaire est contesté, ébranlé "[12].

Eschyle, pense-t-il, avait parfaitement conscience de ce qui se joue autour de la violence collective dans la cité des hommes : ils y puisent l’illusion de vivre dans un monde parfait car,

                                    " Qu’on s’échange des joies

                                    Dans un commun amour

                                    Et qu’on haïsse d’une seule âme

                                    C’est un grand remède chez les humains. "[13]

 

Pour se maintenir à un tel " endroit " il faut d’une certaine manière communier autour du bûcher avec la certitude que là, est accompli le geste juste. Seul le consentement de la victime peut apporter une telle certitude.

C’est dans ce consentement que Girard reconnaît en Œdipe un bouc émissaire réussi, puisqu’il affirme qu’il est lui-même " le maudit, le méchant, l’ennemi de Dieu et qu’il mérite toutes les mesures vengeresse que l’on va prendre contre lui ".

Nous comprenons mieux pourquoi il est important pour Eliphaz, Sophar et Bildad de faire taire Job dans un premier temps pour obtenir ensuite son acquiescement à tout ce qui lui arrive. Il rejoindrait ainsi la " route antique des hommes pervers ", celle sur laquelle les idoles sont renversées, brûlées, piétinées ou massacrées au bénéfice de la béatitude temporaire de la foule.

 

En criant à l’injustice de son sort Job rompt cette félicité, il reste fidèle à sa vérité de victime et interrompt dans le même temps l’hébétude : des interrogations essentielles peuvent surgir autour du problème du mal et de la violence. Girard voit en lui un héros de la connaissance, celui grâce à qui les mécanismes de l’envie deviennent visibles, celui qui nous interroge sur l’apparente faveur divine dont bénéficient les méchants, celui surtout qui crée l’espace d’une reconnaissance possible de la victime et de la compassion qu’elle peut susciter.

 Si nous écoutons ce que nous dit Job de sa vie passée et des regrets qu’il en a, nous voyons bien qu’il a été une idole susceptible de susciter cette envie cachée sous la forme de l’admiration. Nous y reconnaissons ce mimétisme propre à l’être humain, toujours prompt à imiter les désirs de ceux qu’ils admirent pour se retourner tout aussi vite contre eux quand le vent a tourné. Faire chuter l’idole est le fait de l’élite Eliphaz, Bildad ou Sophar se verrait bien occuper la position perdue par Job et la foule emboîterait allègrement le pas du gagnant jusqu’au prochain retournement.

En maintenant sa position, Job dessille les regards, les " justes " peuvent se demander pourquoi il a bénéficié si longtemps de la mansuétude de Dieu alors que sa conduite fut loin d’être irréprochable.

C’est l’occasion que saisit Girard pour décrire une figure divine qui pourrait nous apparaître sadique mais qui, en fait, est désaliénante.

Avec l’hypothèse de la vengeance divine retardée il suscite une réflexion sur les subtilités et complexités des chemins empruntés par les prises de conscience.

Comment admettre, en effet, ces complaisances que connaissent souvent les graves injustices ?

Au nom de quoi Dieu peut-il les tolérer ?

Cette stratégie  aurait une double fonction : dans un premier temps elle favorise l’inflation des puissants qui prétendent à l’immunité et multiplient leurs forfaits, ce qui à terme ne peut que les précipiter eux-mêmes vers leur chute.

Mais, " l’arrogance des méchants, nous dit Girard, ce n’est pas Dieu qu’elle éclaire c’est le peuple encore sous le charme. "[14]  Ce n’est pas à Dieu de régler l’affaire mais à la foule de sortir de la fascination et d’une secrète jouissance qui lui fait éprouver par procuration le sentiment de toute puissance que connaissent ceux qui baignent dans le mal.

Girard en est persuadé " la jalousie mimétique couve longtemps dans l’ombre ", mais l’opinion se fatigue des idoles, " elle finit par brûler ceux qu’elle adorait dans l’oubli de sa propre adoration "[15].

 

C’est de tout cela dont les hommes doivent prendre conscience pour mesurer à quel point et de quelle façon ils sont les artisans des violences dont ils se plaignent.

Ainsi, en se distanciant du schéma étroit qui oppose Yahvé à Job, Girard nous offre une lecture du mythe qui nous renvoie à nos responsabilités avec des questions qui sont loin d’avoir perdu leur actualité.

 Certes, il est facile d’objecter que la lecture du livre de Job par Girard est tout autant sélective que celle de Jung puisqu’il ne retient que les dialogues de Job avec les trois " sages " ou " amis ", et réduit la figure de Satan à un mimétisme en négatif.

Cela ne peut que souligner à quel point le mythe est riche d’un potentiel de projection et d’identification.

Il m’a parfois été difficile de pas entendre dans l’arrogante posture d’un Job qui dépasse Dieu le père,  chez Jung, les soubassements de sa douloureuse rupture avec Freud celui dont il disait : " Impressionné par la personnalité de Freud, j’avais, autant que faire se peut, renoncé à mon propre jugement et refoulé ma critique…je me disais Freud est beaucoup plus intelligent que toi il a beaucoup plus d’expérience. Pour l’instant contente-toi  d’écouter ce qu’il dit et de t’instruire à son contact. Puis à mon grand étonnement je rêvais qu’il était un employé grincheux de la monarchie impériale et royale  un inspecteur des douanes décédé. "[16]

N’est-ce pas non plus René Girard qui se sent ou s’est senti sur la " route antique " celle où il n’y a jamais de plaque commémorative parce que " seul demeure le souvenir de la route elle-même sous la forme d’une menace pesant vaguement sur tous et qui se  précise dans le cas de Job. S’expose à un petit voyage sur cette route tout individu qui fait preuve de perversité aux yeux des manipulateurs de l’opinion publique, et l’on définit bien comme perversité, dans le cas de Job, le refus de plier, l’indépendance du jugement, la volonté de ne pas céder au terrifiant mimétisme du troupeau. "[17]

 Le mythe associe à une énigme suffisamment  de précisions circonstancielles pour que l’on puisse à la fois s’y projeter, s’y reconnaître, reconnaître un semblable, une situation, un drame  etc.

Chaque nouvelle lecture nous enrichit de nouvelles interrogations c’est ce qui donne au mythe son caractère intemporel et sa permanence. Un certain nombre de celles de Girard pourraient inspirer notre réflexion car l’appel à la haine fédératrice semble tragiquement actuel.

Les mécanismes de l’envie et la fabrication d’idoles qui lui est associée fonctionnent en accéléré. Les technologies des média disposent de techniques de lynchage et de piloris dont la portée est internationale. Les sondages font alterner engouements stupides, démesurés et exclusions féroces. La fabrication des idoles se fait avec une pression telle que ceux qui en sont l’objet s’y prennent les pieds et dérapent quitte à ce que cela se traduise par un " coup de boule ". Ce célèbre coup de tête a permis de titrer quelques semaines plus tard : " Pour les Bleus la vie est belle sans Zidane " ; exit l’idole.

 Plus près de nous et dans notre clinique  se rencontre fréquemment la dépression et la souffrance d’acteurs, chanteurs, sportifs en proie aux angoisses de voir tourner le sens du vent qui les portait.

Avec le " Syndrome JOB " nous rencontrons les grandes fragilités narcissiques que suscite une culture  et des comportements, en particulier parentaux, qui favorisent la démesure persécutrice des idéaux du Moi. Il semble aujourd’hui difficile de se soustraire à leur influence grandissante ; seul le développement de capacités de résistance aux entraînements mimétiques pourrait, sur un plan individuel, être le point d’appui permettant de faire levier pour résister à l’ampleur des pressions médiatiques.

Nous pouvons  aussi espérer qu’une nouvelle lecture du livre de Job, un film peut-être, permettra de nous réconcilier avec les valeurs de la désillusion.

 

                                                                                    J. Jeanne GHEDIGHIAN –COURIER

                                                                                                12 avenue Foch

                                                                                      94160   SAINT- MANDE    (France)

 

 Bibliographie :

 

C.G. JUNG : Réponse à Job    (Buchet/Chastel)

                     Ma Vie    (Gallimard)

René GIRARD : La route antique des hommes pervers  (Le livre de Poche)

[1] René Girard La Route Antique des Hommes pervers Livre de Poche p.181

[2] C.G. JUNG Réponse à Job page 15

[3]  Ibid page 36

[4] Girard La Route Antique des Hommes Pervers  page 10

[5] Ibid page 38

[6] Ibid page 13

[7] Jung   Réponse à Job  page 81 Selon Jung, la Ruah Elohim ou esprit de Dieu était féminin, menait une existence relativement indépendante à coté de Dieu et cette union préexistait à l’union de Dieu avec Israël.

[8] C.G.JUNG Réponse à Job  page 83

[9] Ibid page 144

[10] Ibid page 112

[11] Ibid 113

[12] R. Girard La Route Antique des Hommes Perverspage 157

[13]  Ibid page 171  citation des Erinyes

[14] Girard  La Route antique des hommes pervers   page 65

[15] Ibid page 67

[16] C.G. JUNG  Ma  Vie  page 191

[17] Ibid page 138

 

          

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